Men are trash
Le cœur allant vers
Quand le soleil change de côté pour aller éclairer d’autres visages, d’autres couleurs ou d’autres odeurs, ici les démons s’éveillent.
Alors dans la nuit et sa longue éternité, la peur s’accroche aux semelles de celles que les autres jugent trop seules. Elle suit les exclus que les autres jugent trop sales. Les efféminés, les différents, les uniques, les féminines. Les tout, les riens. Parce que la violence n’a pas de logique et les chiens n’ont pas toujours de maître.
Les jambes élancées ou les courts-sur-pattes fournissent alors le même effort pour fuir l’ombre qui s’applique à noircir leur innocence et à taire leur révolte. Parce que c’est de leur faute. Elles l’ont bien cherché. Mais « Elles » c’est aussi nous, c’est aussi moi. Moi qui suis paralysée parce que la nuit est bien trop vite tombée et qu’on ne peut pas faire marche arrière sur les pas de la journée.
La rue n’est pas la leur mais personne ne leur a dit.
La rue n’est pas la mienne et moi, je l’ai bien compris.
De jour comme de nuit, je ne me possède plus si quelqu’un qui me veut m’a vu. Et c’est normal si sa main s’attarde sur mon cul. Un jour de pluie, un jour d’orage j’ai pensé que ce n’était pas grave, qu’après tout c’est moi qui suis passée par là, que j’aurais dû changer de trottoir. Mais cette nuit de cris, cette nuit de rage, aveuglée par les lampadaires, par la souffrance et par ma guerre, je veux me déchirer le visage. Que faut-il faire pour avoir le privilège d’être laissée tranquille ? Quelqu’un a oublié de nous dire qu’on faisait partie des objets à saisir.
Je veux m’endormir sans sentir encore ses mains se poser sur mes seins ni entendre des mots sales froisser le silence fragile du sommeil. Mes pensées plongent dans le rien quand je ne peux plus lutter contre ses souvenirs, je peux juste m'asseoir, rouler un joint pour retrouver un semblant de sourire. Sous cette substance qui rend flou parfois, j’oublie tout de mon grand drame à petite échelle, de cette tempête dans mon verre d’eau. Après tout, qu’est-ce qu’une main aux fesses face à la violence d’une guerre, d’une famine, d’un meurtre ? Dehors c’est sauvage, mon ange gardien est aveugle, il a la tête ailleurs, ne regarde pas les ruelles sales. Les yeux rivés sur le massacre d’à côté comment peut-il me venir en aide ? Et comment je pourrais l'exiger ?
J’ai pas le monopole de la souffrance, mais moi au moins, j’ai une voix pour la porter. A cause de moi, je connais des centaines de briquets qui ne font plus de flammes, mais à cause d’eux je connais des centaines de femmes qui n’ont plus la force de crier.
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